Chapitre 11
C’est au tour de Maxime Desrosiers. Il s’est cassé une cheville en planche à neige. Il reste à l’intérieur de l’école le midi. Il m’a demandé de jouer avec lui aux échecs, mais je lui ai dit que j’aimais mieux être seul à la bibliothèque, que j’étais tellement habitué d’être seul que j’aimais ça maintenant et que je n’avais besoin de personne. Surtout pas des gars qui sont amis avec moi seulement quand ça leur plaît. Maxime n’a rien répondu.
C’est sûr que je lui ai menti, mais lui aussi m’a menti quand il m’a annoncé qu’il faisait déjà équipe avec Clément dans le cours de français. Clément lui a demandé devant moi s’ils pouvaient travailler ensemble. J’ai dû faire équipe avec Suzie qui est la dernière de la classe. Il paraît qu’elle est drôle quand personne ne l’écœure. C’est moi qui ai fait tout le travail et Judith Pagé le sait très bien, mais elle s’en moque.
Betty a entendu Judith parler de moi avec Anne Gendron. Elle lui racontait ce qui est arrivé dans la cour avant Noël. J’étais sûr que Betty savait tout ça, que Mathieu et Sébastien s’étaient vantés de m’avoir fait assez peur pour que j’urine, mais Betty m’assure que Benoit leur a sûrement ordonné de se taire. Préparer des coups, oui, mais en douce, en hypocrite. « Ben est le champion des secrets. Il est assez prudent pour ne pas se faire coincer. » Je me demandais justement pourquoi personne n’avait fait de commentaires sur mon accident. Maintenant, à cause de Judith Pagé, tous les profs seront au courant. Betty est persuadée que c’est une frustrée qui se venge sur les élèves. Tout le monde la déteste dans la classe. Elle nous a raconté que Tolkien a pris ses idées chez d’autres auteurs. Que Gandalf ressemblait à Merlin l’Enchanteur, que Gollum était copié sur le Golem des légendes juives, que le réalisateur des films avait sûrement lu la mythologie grecque et les Douze travaux d’Hercule, et particulièrement le deuxième avec l’hydre de Lerne, en Argolide, avant d’inventer son espèce de serpent à plusieurs têtes. Il faut toujours qu’elle méprise tout. Je la hais, je la hais, je la hais.
Betty ne veut plus qu’on piège Ben en le filmant. Elle a peur de ne pas être à la hauteur, que ce soit trop dangereux pour moi. À cause de l’homme aux rats. Benoit peut s’associer à encore pire que lui. Ils pourraient tuer nos parents. Elle dit qu’elle va chercher une autre solution. Elle a l’air souvent déprimée. Elle m’a lu un poème qu’elle a écrit sur la mort. C’était beau. Elle parlait de néant, de la fin des souffrances. Elle croit qu’il y a des gens qui ne sont pas doués pour la vie. Qu’elle n’a jamais été heureuse et que personne ne la comprend, sauf moi.
* * *
Le thermomètre affichait -31 °C, mais le bruit des voitures qu’on tentait de faire démarrer, le crissement trop net, trop court des pas des travailleurs qui partaient au boulot, les gémissements du vent indiquaient qu’il faisait beaucoup plus froid. Maud Graham laissa retomber le rideau du salon, se tourna vers Maxime.
— Tes amis ne joueront certainement pas au hockey, ce midi. On gèle ! Quand je pense qu’il y a des gens qui vivent dans le Grand Nord.
— Ils sont habitués.
— Oui, tu dois avoir raison. Je t’ai mis du macaroni à la viande pour ton lunch, ça ira ?
— Arrête de me demander si tout est correct, Biscuit. Mon hiver est gâché, tu n’y peux rien. Moi non plus. J’aurais dû éviter Simon…
— Vous êtes trop rapides, vous vous précipitez. Je regrette de t’avoir acheté cette planche.
— Non, c’était un accident. J’étais mal placé, il est mal tombé sur moi.
— Tu n’as pas l’air de lui en vouloir.
— Simon est capitaine au soccer. Il va me prendre dans son équipe, cet été.
Graham sourit ; Maxime rêvait déjà des matches qu’il disputerait en juin, oubliant ses ennuis actuels. Elle savait pourtant qu’il était peiné d’avoir dû renoncer au hockey. Durant les deux premières semaines, il appelait Max et Julien quand ils jouaient le soir à l’aréna pour savoir s’ils avaient remporté la partie, mais il n’avait téléphoné à personne depuis quelques jours. Il se contentait des comptes rendus de ses copains à l’école. Seul Alain avait réussi à le dérider en lui proposant d’assister à un match du Canadien au Centre Molson.
— À Montréal ? Cool ! s’était exclamé Maxime.
— Oui, on pourrait partir tous les trois là-bas. Si ton père est d’accord pour sauter une fin de semaine.
— On devrait emmener Greg avec nous.
Greg ? Maud Graham avait du mal à s’habituer au diminutif qu’avait adopté Maxime depuis peu, mais Léa lui avait conseillé de taire son agacement.
— Grégoire n’a jamais aimé le hockey, fit remarquer Alain.
— Il nous aime, nous ! On irait au match toi et moi, et Biscuit et Greg passeraient la soirée ensemble. On se retrouverait après.
Alain avait éclaté de rire : Maxime avait des talents d’organisateur. À lui de convaincre Grégoire de les accompagner dans la métropole. Accepterait-il ou non ? Il avait déjà confié à Maud qu’il gardait peu de bons souvenirs de son court séjour à Montréal. À part La Ronde où il dépensait l’argent de ses clients.
— Je restais des heures dans les manèges. Je me sentais en phase avec les cris autour de moi, les mouvements des jeux. Ça montait très haut, puis ça descendait à toute vitesse, ça tournait dans tous les sens. J’étais mal, les pieds sur terre. C’était trop normal.
Viendrait-il ou non avec eux à Montréal ?
Il avait répondu qu’il prendrait sa décision lorsque la date du match serait fixée.
Maxime avait considéré cette vague réponse comme une acceptation.
— Dépêche-toi !
— Keep cool, Biscuit. Il ne neige même pas. Je serai à l’heure pour mon maudit cours plate de français. La prof nous a dit que Tolkien avait copié ses idées sur celles des autres. Pour une fois que j’aime un livre, il faut qu’elle le critique.
Maxime s’était mis à lire Le seigneur des anneaux après son accident et il avait avoué à Maud que Pascal avait raison : le livre était aussi bon, sinon plus que le film. Il avait lu cent dix pages, un exploit dont il était fier. Et qui comblait d’aise Maud Graham.
— Ta prof a considéré le livre avec un point de vue différent du tien.
— Différent de tout le monde ! Elle aurait raison et nous, on se tromperait tous ? Elle prétend que Tolkien n’a pas inventé les monstres. Mais un monstre, c’est un monstre ! Ils ont toujours existé. Je ne peux pas croire qu’elle est mariée. Elle est bête et elle n’est même pas belle.
Peut-être qu’elle se montrait adorable avec son époux ? suggéra Maud Graham en verrouillant la porte de la maison.
— Ça m’étonnerait, fit Maxime. Ce n’est pas son genre. Il fait froid, hein ?
Encore plus que la détective l’avait craint. Le printemps ressusciterait-il un jour ? Graham avait hâte de humer l’odeur de la pelouse, de la terre qui s’éveille, de la poussière dans les rues, de la brique réchauffée par le soleil, du poil de Léo quand il rentrait d’un après-midi sur la terrasse. Dans trois, quatre mois ? C’était le seul avantage de Montréal sur Québec ; un printemps plus hâtif. Elle irait jouir des lilas sur le plateau Mont-Royal, puis elle profiterait du même bonheur odorant, quinze jours plus tard, tandis qu’ils s’épanouiraient dans sa cour.
Elle déposa Maxime à une rue de l’école ; il ne voulait pas avoir l’air d’être trop chouchouté, trop couvé. Elle arriva au bureau avant Rouaix. Marsolais était déjà sur place.
— Un café ?
— Volontiers.
Était-elle hypocrite d’accepter le café de son collègue, alors qu’elle menait une partie de l’enquête à son insu et qu’elle obligeait Rouaix à l’imiter, ou était-elle polie ?
Elle consulta son agenda, grimaça.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Marsolais.
— Je dois me présenter en cour. L’affaire Nancy Tremblay.
— La prostituée ? C’est vrai que vous avez perdu un témoin ?
— Oui, disparu dans la brume.
— Un autre fantôme…
— On avait assez de Breton ! grogna-t-elle en décrochant le téléphone qui sonnait depuis une minute. Graham à l’appareil. D’accord, je vous verrai en fin de matinée.
— Ce n’étaient pas les gars du labo ? Ce serait trop beau qu’ils aient des indices sur la lettre anonyme…
— C’était pour mon examen de la vue, mentit Graham, un client ne peut venir à son rendez-vous. Je vais en profiter.
— As-tu des problèmes ?
Elle nia, fit la description d’une nouvelle paire de lunettes, ultra-légères, qu’elle achèterait peut-être. Elle s’installa ensuite pour répondre aux courriels les plus urgents, trier les autres par ordre de priorité, mais son esprit vagabondait : de quel détail Charles Lanctôt voulait-il discuter ? Qu’avait-il à lui montrer ?
Elle composa le numéro de Lanctôt sur son cellulaire dès qu’elle quitta le Palais de justice.
— Alors ? s’enquit-elle en poussant la porte du café où ils s’étaient vus la première fois.
— Vous avez évoqué les voyages, en avion ou en bateau. À cause de l’ancre tatouée sur l’épaule de Mario. Quand j’ai vu sa cicatrice, je n’y avais même pas pensé, mais aujourd’hui je crois que son tatouage pouvait ressembler à ça avant d’être brûlé.
Lanctôt sortait une petite boîte de sa poche en expliquant à la détective qu’il avait acheté le bijou pour sa blonde. Lorsqu’il était revenu du Nord, elle avait un autre copain. Il avait rangé le bijou pour l’offrir à une prochaine petite amie.
— Ils appellent ça un ulu, là-bas. C’est le symbole de la puissance des femmes. Et un sacré bon couteau. Ça vous nettoie un poisson en un clin d’œil. J’ai vu une Inuite, à Noël, découper une dinde en quatre, cinq coups bien placés. Avec un vrai ulu, évidemment, pas un bijou. Vous ne trouvez pas que ça ressemble à son ancre de bateau ? Je me trompe peut-être…
Maud Graham examinait le bijou, fermait les yeux pour revoir les photos du tatouage de Mario Breton. Oui. C’était très possible.
— Il faudrait que vous me le prêtiez. Je vous signe un reçu. On prendra des photos et on vous rapportera le bijou aussitôt.
— Je me demande pourquoi il prétendait ne pas connaître le Grand Nord alors qu’il avait un ulu tatoué sur lui. C’était un gars bizarre, dans le fond.
Maud Graham acquiesça avant de prier Lanctôt d’être discret sur ce prêt : personne ne devait entendre parler du ulu.
— Pas même d’autres policiers.
Elle inventa une histoire de rivalité qui retarderait l’enquête.
— Il y a des machos partout, Charles. Je suis obligée de travailler avec eux mais, grâce à vous, j’ai un peu d’avance…
Charles Lanctôt lui remit la boîte avec un grand sourire : elle pouvait garder le bijou tant qu’elle voudrait, à condition qu’elle lui raconte la vérité sur Mario Breton quand elle en saurait davantage.
— Ça m’intrigue, vous comprenez… M. Boutin est certain qu’il trafiquait de la dope. J’ai beau lui faire remarquer que Mario ne recevait jamais personne chez lui, son opinion est faite.
— Et la vôtre ?
Charles Lanctôt s’humecta les lèvres ; est-ce que Mario n’aurait pas pu fuir tout bêtement une femme à qui il n’avait pas envie de verser une pension ?
— Ça existe, des hommes qui disparaissent en allant acheter des cigarettes. C’est ce que mon père a fait, un soir, après le souper. On ne l’a jamais revu. On a appris sa mort l’an dernier, à Windsor. Ma mère a été assez folle pour payer son enterrement. J’espère que Mario n’était pas ce genre de gars.
* * *
J’ai vu Anne Gendron à la bibliothèque, aujourd’hui. Elle me souriait avec un air de pitié. C’est sûr que Judith Pagé l’a mise au courant de mes problèmes avec la gang de Ben. Elle m’a demandé si je voulais lui parler d’eux.
Pour quoi faire ? Pour retourner dans le bureau du directeur qui me dira que j’exagère et que je devrais revoir le psy ? Betty trouve qu’Anne veut toujours se mêler des affaires des autres. C’est une vraie fouine. Et elle ne sait pas à qui Ben est lié.
Je voudrais me confier à un policier, mais le seul que je connais est marié à Judith Pagé. Et les autres ne me croiront pas. Et même s’ils me croient, Ben et ses amis pourront nous battre entre le moment où on va sortir du poste de police et celui où de vraies accusations seront portées contre eux. Personne ne nous protégera contre l’homme aux rats. J’ai rêvé qu’il me jetait dans une cage pleine de rats qui n’avaient pas mangé depuis des jours.
Betty aussi a fait des cauchemars. Elle a dormi avec son arme sous l’oreiller. Pourquoi ses parents la laissent-ils toujours toute seule ? Elle croit qu’il n’y a que les résultats scolaires qui comptent pour eux. Son père lui reproche tout le temps de ne pas faire de sport. Le mien est pareil. Il me parle du tennis comme si je n’avais qu’à jouer pour devenir un champion. Mais je sais que je serais pourri au tennis. Si j’avais vécu à l’époque des chevaliers, j’aurais été tué au premier tournoi, même si Betty s’imagine que je suis bon au tir à l’arc. Si j’apportais mon arc à l’école, ils diraient que je veux faire mon original, que je me prends pour Robin des Bois. Parfois, j’ai envie de le récupérer chez ma grand-mère et d’entrer avec dans la cour d’école. Si je pouvais décocher mes flèches à la même vitesse que Legolas, je leur ferais vraiment peur ! Je commencerais par viser Judith Pagé. Et ensuite Ben. Il pisserait dans ses culottes. Il ne menacerait plus personne.
* * *
Armand Marsolais éteignait sa cigarette lorsque Maud Graham revint de son rendez-vous avec Charles Lanctôt. Il se frotta les mains pour les réchauffer en marmonnant qu’il devait arrêter de fumer, qu’il était ridicule de s’obliger à sortir dans le froid pour en griller une.
— C’est sûr qu’arrêter de fumer, c’est la liberté.
— As-tu trouvé ça très dur ? fit Marsolais en lui ouvrant la porte.
— Ça dépend des jours.
La chaleur embua les lunettes de Maud Graham qui pesta contre l’hiver.
— C’est pire ici qu’à Montréal, dit Marsolais.
— Pas tant que ça, protesta aussitôt Maud Graham. C’est un tout petit peu plus long.
— Elle est très chauvine, expliqua Rouaix à Marsolais. On ne t’avait pas prévenu ?
Graham enleva son Kanuk sans répondre, replaça ses cheveux : devait-elle ou non les laisser pousser ? Alain prétendait qu’il les aimait aussi bien courts que longs. Tandis que Marsolais se préparait un café, elle tendit discrètement une note à Rouaix ; elle l’appellerait chez lui dans la soirée. Elle tenait peut-être un indice intéressant.
Elle ouvrit le dossier Breton, examina les agrandissements des photos : Lanctôt avait raison, un ulu pouvait avoir été tatoué sur l’épaule de la victime. Où avait-il fait faire ce tatouage ? Pourquoi avoir choisi cet instrument dont elle-même n’avait jamais entendu parler malgré son métier où défilaient les couteaux, les armes blanches les plus diverses ?
Y avait-il des ulu ailleurs que dans le Grand Nord ?
Elle scrutait toujours les agrandissements quand Chantal Parent vint vers elle. Maud Graham faillit ranger les photos, y renonça : la nouvelle se sentirait mise de côté et elle ignorait ce qu’elle vérifiait. Elle ne pouvait deviner qu’un détail précis l’intéressait aujourd’hui.
— Breton était un homme séduisant, déclara Chantal Parent. Ça ne doit pas être un meurtre passionnel.
— Pourquoi ? s’étonna Marsolais.
— Si Breton avait fait souffrir une femme ou un homme avec sa belle gueule, son assassin aurait visé la tête. Pour le détruire, pour ruiner cette beauté.
Maud Graham sourit à la nouvelle : cette fille exprimait des idées originales.
— Continue. Observe toutes les photos.
— Il savait qu’il était beau. Il n’est pas habillé avec recherche. Correct, propre, mais sans plus. Il n’avait pas besoin d’en faire davantage pour séduire. À moins qu’il ait été comme quatre-vingts pour cent des hommes qui ne s’intéressent pas aux vêtements.
— Une balle en plein cœur pourrait vouloir dire le contraire de ce que tu avances, lâcha Graham. Une peine de cœur, une trahison qui se punit par une blessure à cet endroit précis.
— C’est vrai.
Chantal Parent s’arrêta sur l’image agrandie du tatouage. S’informa de ce qu’il représentait.
— On a pensé à une ancre. Mais avec la brûlure…
— Ça ressemble à un coupe-pâte.
— Un coupe-pâte ? répéta Marsolais qui aurait tout donné pour pouvoir allumer une cigarette, se calmer, évaluer la situation.
Est-ce que cette fille mettrait Graham sur une piste ?
— Les lames d’un coupe-pâte sont en demi-cercle. Vous n’en utilisez jamais ?
Graham avoua ses talents restreints en cuisine. Rouaix s’en remettait à sa femme et Marsolais prétendit ne toucher qu’au barbecue, mais ajouta aussitôt qu’il ferait des recherches dans les boutiques d’articles de cuisine.
— Attends à demain, l’arrêta Graham. J’ai un ami qui travaille dans un grand restaurant. Peut-être qu’on utilise ce genre de couteau dans les cuisines du Laurie Raphaël.
— Pourquoi Breton se serait-il fait tatouer un instrument de cuisine sur l’épaule ? questionna Rouaix.
— Parce qu’il était cuisinier autrefois ?
— Ça ne cadre pas avec ce que Ghislaine Lapointe nous a dit. Il mangeait toujours la même chose. Un cuisinier se serait préparé des repas différents. Ou peut-être que non. Les cordonniers sont parfois les plus mal chaussés.
Armand Marsolais hésita encore quelques secondes, puis saisit l’agrandissement du tatouage.
— C’est drôle… Ça me rappelle quelque chose… J’ai déjà vu ça, mais où ?
Graham, Rouaix et Parent regardaient Marsolais qui fronçait les sourcils comme s’il cherchait à se remémorer un lieu, un moment. Il aurait préféré attendre encore un peu avant de révéler ce qu’il savait sur Mario Breton, mais avait-il le choix ?
Il claqua des doigts, s’exclama avec conviction.
— J’ai vu un truc pareil dans une boutique d’artisanat, d’art indien ou inuit.
— Indien ou inuit ? balbutia Maud Graham qui dévisageait Marsolais avec stupéfaction.
Il lui sourit, satisfait de son effet. Il était certain qu’elle s’intéresserait tout l’après-midi aux boutiques d’artisanat, cherchant à retrouver le symbole gravé sur l’épaule de Breton. Quand elle arriverait au bureau le lendemain, il lui confierait l’intuition qu’il avait eue durant la nuit, qui l’avait poussé à téléphoner à Montréal à la première heure pour discuter avec son ancien partenaire. Il lui livrerait toutes ses informations sur Daniel Darveau, alias Mario Breton.
Maud Graham reprit les agrandissements d’un geste brusque pour masquer son anxiété : elle ne croyait pas aux coïncidences. Elle avait hâte de retrouver Rouaix en privé. Elle rangea les photos dans le dossier en annonçant qu’elle ferait le tour des boutiques du Vieux-Québec.
— J’irai demain au village huron, si c’est nécessaire.
Elle se présenterait d’abord rue Saint-Louis. Elle n’était jamais entrée dans la très belle galerie d’art inuit, mais elle se souvenait de s’être arrêtée devant la vitrine avec Grégoire avant d’aller déguster une fondue chinoise au Café Suisse. Elle avait envie d’offrir une sculpture à Alain pour son anniversaire. Saurait-elle la choisir ? Elle pourrait les admirer de plus près tout en s’informant sur le ulu. Il y aurait sûrement des touristes qui se vanteraient de leur virée en motoneige dans la région du Saguenay et elle se demanderait comment on pouvait rechercher le froid, alors qu’elle avait mis un gros pull de laine sous son Kanuk. Est-ce que ces Américains et ces Français resteraient jusqu’au carnaval ? Elle téléphonerait ensuite de chez elle à tous les armuriers, tous les vendeurs d’articles de chasse et pêche de la région pour leur parler du ulu. En détenaient-ils en magasin ? Elle serait très occupée et réfléchirait néanmoins au comportement d’Armand Marsolais, à son intuition, sa si soudaine et suspecte intuition : il savait depuis longtemps ce que représentait le tatouage et il s’était tu. Pourquoi ?
* * *
Le bruit d’une sirène fit frémir Maxime, lui rappelant cette soirée où son père et lui avaient été transportés en ambulance à l’hôpital, ces longues journées à garder le secret pour préserver Bruno Desrosiers. Son père et lui avaient fini par tout raconter à Maud Graham et rien d’horrible ne s’était produit. Au contraire.
Pourquoi hésitait-il alors à parler de Pascal à Maud ? Des rumeurs qui couraient à propos du rat mort dans sa case ? Était-ce vrai, tout ce qu’on racontait ? Julien avait rapporté qu’un ami de Ben élevait des centaines de rongeurs dans sa cave et qu’il faisait dévorer les mains et le nez des clients qui ne payaient pas leur dope dans les délais prévus. C’était si incroyable… Maud répétait souvent que la réalité dépassait la fiction. Si ces rats existaient bel et bien ? Ben semblait avoir oublié Pascal depuis quelque temps, mais Maxime croyait au calme avant la tempête : que manigançait Benoit Fréchette ? Il ne pouvait plus agresser Pascal après l’école car ce dernier partait plus tôt, mais il y avait tant d’endroits pour le coincer… Il s’inquiétait encore du sort de Pascal, même si celui-ci lui avait carrément tourné le dos à la bibliothèque. Il l’avait vu échanger un livre avec Betty. Depuis quand se parlaient-ils ? Elle n’avait aucune raison de s’adresser à lui.
Il devait oublier tout ça, Pascal, Betty, Benoit, les rats. Se mêler de ses propres affaires. Il avait espéré jouer aux échecs avec Pascal, ce midi, mais il ferait tous ses devoirs et Biscuit lui permettrait de regarder la télévision quand il rentrerait à la maison.
N’empêche, Pascal l’avait rejeté bien facilement, après tout ce qu’il avait fait pour lui. Il ne lui offrirait plus de barres tendres. Betty devait l’avoir acheté avec des cadeaux, elle avait tant d’argent.
Pourquoi voulait-elle être l’amie de Pascal ?
Deux petits coups à la porte de sa chambre : Biscuit l’avertissait que le souper était prêt. Avait-elle préparé le potage aux poireaux qu’il aimait tant ?
— Grégoire m’a téléphoné, cet après-midi. Il nous apporte le dessert.
— Cool !
Maxime pourrait se confier à Grégoire qui lui dirait sûrement que Pascal était un ingrat. De l’oublier. Il lui montrerait la carte de Montréal qu’Alain lui avait prêtée ; il avait fait un X sur la rue où habitait le médecin légiste, tout près du parc La Fontaine, il arracherait à Grégoire la promesse formelle qu’il les accompagnerait à Montréal durant la semaine de relâche.
Grégoire avait les oreilles, le front, les joues rougies par le froid quand il arriva chez Maud Graham.
— Veux-tu être malade ? Il faut que tu t’habilles mieux que ça ! Mets-toi un chapeau !
— Ce n’est pas sexy. J’ai l’habitude d’être sexy. tu le sais.
Voulait-il la provoquer ou l’informer qu’il n’avait pas renoncé à son premier métier ?
— J’ai apporté des choux. Pour faire des profiteroles.
— Cool, s’écria Maxime.
— Tu trouves tout cool, hein, Max ?
— Veux-tu de la soupe aux poireaux ? J’en ai laissé un peu pour toi. Est-ce que c’est difficile à faire, des choux à la crème ?
Grégoire promit de lui enseigner sa méthode pour réussir des pâtes aussi joliment gonflées, puis il se saisit d’un chou et l’enfonça dans la bouche de Maxime qui se débattit en riant, chercha à lui rendre la pareille. Deux choux roulèrent sur le sol, attirant l’attention de Léo qui en poussa un du bout d’une patte, le rattrapa, le propulsa au bout de la cuisine.
— Il est encore souple, pour un vieux chat.
— Et sa vieille maîtresse vous confie la tâche de laver la vaisselle. Je dois appeler André.
— André ? Il y a du nouveau dans votre enquête ?
Grégoire savait que Graham ne nommait Rouaix par son prénom qu’en certaines circonstances.
— Tu n’as pas l’air contente.
Graham soupira avant de se retirer dans son bureau. Elle entendit grincer la porte du lave-vaisselle, l’eau couler du robinet, des bruits de couverts qui s’entrechoquent, puis elle oublia Grégoire et Maxime, sortit le dossier Breton. Les couteliers qu’elle avait rejoints ne gardaient pas de ulu en magasin. Certains connaissaient cet étrange couteau, ils en avaient vu des représentations. On ne leur en avait cependant jamais demandé. Un des commerçants savait qu’on en vendait rue Saint-Louis et rue Desjardins avec le manche en os.
— Je ne me souviens plus si c’est de l’os de baleine, de phoque ou de caribou, avoua Graham à Rouaix au téléphone, mais ils en ont à la galerie d’art inuit Brousseau. Et à la boutique Sachent. Il y a aussi des bijoux qui ont la forme du ulu, aux Trois Colombes. Mario Breton a pu admirer cette forme et la faire reproduire sur son épaule… mais pas à Québec.
— J’ai appelé une amie de Nicole. Elle travaille en ethnologie au Saguenay. Elle lui a expliqué que le ulu symbolise…
— La puissance féminine.
— Si on ne peut rien t’apprendre, fit Rouaix sans cacher sa déception.
Maud Graham narra sa rencontre avec Lanctôt, et sa surprise en entendant Armand Marsolais évoquer l’art inuit.
— Ce n’est pas un hasard. Il détient des informations au sujet de Breton et nous les cache. Où il s’est fait tatouer, par exemple. Depuis combien de temps Marsolais nous mène-t-il en bateau ?
— Et pourquoi ? J’aurais dû t’écouter plus vite.
— Doit-on avertir Fecteau ?
— Attendons un jour ou deux, dit Rouaix. Je reparlerai de Marsolais avec Boudreault. Il travaille toujours à Montréal.
— Il y a bien des postes de police…
Ils discutèrent durant une heure, tentant de deviner les raisons qui avaient poussé leur collègue à taire ses informations sur Breton.
— Et sur sa belle-sœur. Boudreault t’a dit l’autre jour qu’elle était morte assassinée. Ce n’est pas un détail anodin.
Rouaix émit l’hypothèse que Breton puisse être mêlé au meurtre de la sœur de Judith Pagé.
— Marsolais se serait réjoui de la mort du meurtrier d’Hélène ? Sa femme enfin vengée ? Il aurait protégé l’assassin ?
— Peut-être…
— Non. Marsolais n’aime plus son épouse.
— Hélène a tout de même été assassinée, je chercherai de ce côté-là. Une mort violente ressemble à un pavé jeté dans un bain d’huile brûlante. Les éclaboussures rongent les tissus, les chairs. Aucun des proches de la victime n’est épargné. Il faut savoir comment Marsolais et Judith Pagé ont vécu la mort d’Hélène. En tout cas, ce n’est pas pour lui faire justice qu’il est entré dans la police, elle est morte après qu’il a commencé à travailler.
Maud Graham éteignit les lumières, remonta vers le salon : Grégoire et Maxime s’étaient endormis devant la télévision. Cette image paisible la rasséréna. Elle se pencha pour attraper la télécommande coincée entre l’un et l’autre. Grégoire s’éveilla aussitôt.
— Excuse-moi. Je veux éteindre la télé et transporter Maxime dans sa chambre. Tu peux dormir sur le canapé. Je t’apporte une couverture.
— Non, je…
Graham insista ; Maxime serait si heureux de déjeuner avec lui à son réveil. Il avait besoin de distractions…
— Je vais t’aider.
Ils soulevèrent Maxime et le portèrent sur son lit, le dévêtirent, le bordèrent.
— Il est too much, chuchota Grégoire avant de refermer la porte de la chambre. Bon, elle est où, ta couverture ?
Graham sourit puis poussa un petit cri, souleva son pied droit. Elle venait d’écraser un des choux qui avaient distrait Léo.
— J’espère qu’il n’y en a pas partout dans la maison. On attirera les souris, les rats.
— Léo t’en débarrassera.
— Couche-toi au lieu de dire des bêtises.
* * *
Ce sera bientôt le carnaval avec ses bougies et ses parades. J’ai entendu Julien, Max et Clément parler de la parade de la haute ville. Ils veulent y assister en gang. Maxime Desrosiers ne pourra pas les suivre. Il restera chez lui. Comme moi. Et Betty. Betty y serait allée avec Benoit, si elle sortait encore avec lui. Elle dit qu’elle s’en fout, qu’elle préfère louer des films, ce soir-là. Elle m’a invité à les regarder avec elle, mais maman trouvera ça bizarre. Il faudrait que Maxime m’accompagne, mais je ne lui ai pas parlé depuis une semaine. Peut-être que je pourrais lui offrir de jouer aux échecs, demain midi ? Il saurait que je ne suis pas fâché contre lui. Je voulais seulement qu’il arrête de penser que je n’attends que lui. Je suis écœuré de faire pitié.
C’est ce que j’aime de Betty, elle me traite en égal. Ça ne la dérange pas que je sois plus jeune qu’elle. Elle jure que Ben est tellement immature ! Je ne sais pas si elle l’aimait vraiment, mais je n’ose pas aborder ce sujet. Personne ne voudra sortir avec moi. Je suis trop laid. Ma mère me trouve mignon parce que c’est ma mère. Et les filles ne veulent pas sortir avec des garçons mignons. Elles veulent se montrer avec des gars comme Benoit Fréchette. Ce n’est pas parce que j’ai douze ans que je ne sais pas comment ça se passe avec les filles. Maxime croit que c’est compliqué, mais je suis certain qu’il aura une blonde, l’an prochain. Les filles de la classe l’aiment bien. Avant, je pensais qu’on riait de moi à cause de mes lunettes, mais je sais que je suis laid. Avec ou sans lunettes. Je déteste les miroirs !
Lorsque je sors de la classe, je vais attendre Betty à la pharmacie ou au café. Elle me rejoint et on jase ensemble. On boit un chocolat chaud en attendant que tout le monde ait pris l’autobus, puis on prend le suivant. J’ai dit à ma mère que je rentrais maintenant avec Maxime ou Julien. Ou Clément. Elle croit qu’ils sont mes amis.
* * *
Le chauffage était à son maximum, mais Chantal Parent avait gardé son écharpe fuchsia pour travailler. « Cette teinte met son teint en valeur, songea Maud Graham. Elle a l’air si jeune ! On croirait une étudiante… »
Comment pouvait-elle être distraite par Chantal, quand le dossier que lui avait remis Marsolais le matin lui brûlait les doigts ? Elle n’avait jamais fait preuve d’autant de maîtrise d’elle-même qu’au moment précis où il lui avait parlé de son « illumination », de l’éclair de génie qui lui avait fait se rappeler Daniel Darveau et qui l’avait poussé à téléphoner à son ancien partenaire, à Montréal. Graham avait consulté les notes que lui tendait Marsolais en s’excusant de ses griffonnages. Elle les avait parcourues en le félicitant d’avoir si bien travaillé, si tôt le matin.
— Tu devais être ici à cinq heures !
— Six. J’ai dû attendre jusqu’à sept heures et demie pour parler à Descôteaux, mon premier partenaire. Une chance qu’il se souvenait de l’affaire…
— J’ai hâte que Rouaix apprenne ça ! Il ne croira pas à notre chance !
— Où est-il ?
— Chez le dentiste. Il sera là cet après-midi.
Est-ce que les sourires qu’elle avait adressés à Marsolais étaient crédibles ? Elle y avait mis autant de chaleur qu’elle le pouvait, alors qu’elle avait envie de lui faire avaler ses notes en le traitant de menteur. Elle avait répété que tout se tenait : elle avait admiré un très bel ulu qui venait du Grand Nord à la boutique d’art inuit.
— Continue à creuser sur Breton… Darveau, tu es plus à l’aise que moi à l’ordinateur. Moi, je me charge de Fecteau.
— Tu n’aimes pas ça, les ordinateurs…
— On ne peut rien te cacher, avait-elle répondu en souriant de nouveau.
Rien te cacher… lui qui dissimulait des informations capitales depuis des jours, des semaines… Elle avait téléphoné à Rouaix, lui avait parlé des fameuses intuitions de leur collègue, de sa propre découverte du lien qui existait entre Breton-Darveau et Mme Charbonneau.
— Celle qui a découvert son cadavre ?
— J’aurais pu me douter qu’elle était la mère de Darveau. Elle était si bouleversée…
— Tu ne pouvais pas le deviner. On ne savait même pas qu’on cherchait des indices sur un Darveau, encore moins que Mme Charbonneau avait été mariée au père de notre victime. Comment a-t-elle réagi quand tu l’as appelée ?
— À la fois surprise et soulagée. Je rencontre Fecteau et je retourne ensuite rue Montclair. N’oublie pas que j’ai affirmé que tu étais chez le dentiste. As-tu quelque chose de ton côté ?
— Non. Marsolais était apprécié de ses collègues, toujours à son affaire. Boudreault a promis de m’apporter des précisions sur la belle-sœur assassinée.
— Marsolais aurait pu toucher de l’argent de quelqu’un du milieu, des motards ?
— Rien ne nous indique de fouiller dans ce sens-là.
— Et Fecteau ? Jusqu’où… À propos de Marsolais ?
— Sois vague, on lui expliquera plus tard qu’on voulait avoir un dossier en béton avant d’accuser un collègue.
— Il ne nous croira pas. Mais ce n’est pas grave.
À son retour au bureau, en fin de matinée, Rouaix félicita à son tour Marsolais d’avoir fait tous ces liens autour du ulu.
— J’ai eu de la chance, c’est tout. Le vent souffle de notre bord.
— Il était temps ! soupira Rouaix. Graham n’était plus endurable. Elle ne lâche jamais. Il n’y a rien de pire pour elle que de classer un dossier irrésolu.
— On n’a pas fini ! Si on sait que Breton était Darveau, on ignore toujours qui l’a tué.
— Je retourne dans le fichier électronique. Si je trouve quelque chose, Graham sera plus cool.
— Voilà que tu parles comme un ado, Marsolais. C’est au contact de Chantal Parent ?
Marsolais se troubla, mais songea aussitôt que Rouaix ne pouvait pas imaginer qu’il fréquentait une fille de quinze ans. C’était vrai que Chantal Parent était jolie et il l’aurait sûrement draguée s’il n’avait pas aimé Nadine. Personne ne pouvait rivaliser avec sa déesse, sa nymphe aux yeux d’émeraude. Pourrait-il se libérer et filer à Montréal pour la Saint-Valentin ? Ou la convaincrait-il de le rejoindre au chalet pour un tête-à-tête romantique ? Il aurait aimé qu’elle apprécie les lieux autant que Betty ; la location se chiffrait à plusieurs milliers de dollars.
Pourquoi se préoccuper de l’argent ? Dans quelques mois, il aurait déposé des millions de dollars dans son compte de banque. Combien de temps devrait-il patienter pour que toutes les formalités administratives soient remplies et qu’il puisse jouir de la fortune de sa femme ? Il n’avait pas osé s’en informer auprès d’un notaire ou d’un avocat : qui sait si l’homme de loi ne s’en souviendrait pas au moment du meurtre de Judith.
— Eh, Marsolais ? fit Rouaix. Pas un mot de mes commentaires sur Graham. Elle est très susceptible.
Marsolais mit un index sur ses lèvres avant de se plaindre de la température.
— Il doit faire aussi froid ici, aujourd’hui, qu’à Iqaluit. Comment peut-on vivre dans un endroit pareil ?
— Tu aimes mieux le soleil ? La plage ?
— Pas toi ?
― Si j’avais les moyens, c’est évident que je me paierais des vacances dans le Sud cette semaine. Et les suivantes.
— Tu n’as jamais souhaité t’installer en France ? Ton père est originaire de la région de Champagne, non ?
La Champagne… Nadine lui avait confié qu’elle voulait visiter les plus grandes caves du monde, goûter aux meilleurs vins. Elle avait proposé qu’ils suivent des cours d’œnologie, au printemps. Si elle faisait des projets, c’est qu’elle croyait qu’ils seraient encore ensemble dans quelques mois. Il se répétait plusieurs fois ses mots, se persuadait qu’elle ne se serait pas renseignée sur les cours offerts à la SAQ et à l’Académie culinaire si elle n’était pas vraiment intéressée. Elle boudait un peu quand il lui avait téléphoné, mais tout s’arrangerait bientôt. Il le fallait !
— Tu rêves ? dit Rouaix.
— Oui, à une plage de sable chaud.
— Eh, les gars ! Vous vous reposerez sur vos lauriers lorsqu’on aura arrêté celui qui a tiré sur Breton… Darveau.
Maud Graham revenait vers eux, tenant une pomme dans une main et un sac de chips au ketchup dans l’autre.
— Un repas équilibré, ironisa Rouaix.
— Je n’en mange quasiment jamais, plaida-t-elle. Je voulais fêter la belle trouvaille de Marsolais.
Elle ouvrit le sac de chips, en offrit à ses collègues. Marsolais lui souriait. Il semblait croire que ses informations l’avaient comblée.
Elle lui montrerait qu’elle pouvait mentir aussi bien que lui. Et même mieux.